
Dans ce nouveau « Portrait », Mike Lécuyer évoque la trajectoire d’un musicien aussi discret qu’essentiel : J.J. Cale, le maître du son de Tulsa. De ses débuts dans les clubs d’Oklahoma aux premiers succès de ses chansons reprises par Eric Clapton, retour sur les années formatrices (1958-1970) d’un artiste qui a fait rimer blues, rock et liberté.
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PORTRAIT 10 – J.J. CALE, part 1 – Mike Lécuyer
Première partie : Les débuts (1958-1970)
Tout amateur de blues et de rock se doit de connaître J.J. Cale, soit pour ses propres disques, soit pour ses compositions reprises par de nombreux artistes comme Eric Clapton avec After Midnight et Cocaine, ou Lynyrd Skynyrd avec Call Me the Breeze.
J.J. Cale, de son vrai nom John Weldon Cale, est un auteur, compositeur, interprète et guitariste américain, né le 5 décembre 1938 à Oklahoma City (Oklahoma) et mort le 26 juillet 2013 à La Jolla, en Californie. Il grandit à Tulsa, capitale du pétrole au XXᵉ siècle. Il découvre la musique country et le rhythm & blues par la radio, et la guitare auprès d’un jeune voisin avec qui il donne quelques concerts dans des bals ou des mariages. Il a alors 14 ou 15 ans. En 1954, le rock’n’roll déferle sur l’Amérique, et Johnny – c’est son surnom à l’époque – monte un trio dans son lycée.
Sa première expérience semi-professionnelle a lieu en 1956 au sein des Rockets, le groupe du chanteur Gene Crose, qui le fait progresser en lui faisant écouter des guitaristes comme Chuck Berry ou Scotty Moore, le légendaire guitariste d’Elvis Presley. Gene Crose quitte le groupe, qui devient The Valentines, mais en 1957 Johnny Cale, âgé de 18 ans, part faire son service militaire, où il s’initie à l’électronique.
À son retour de l’armée, il bricole avec son père un petit studio d’enregistrement dans une pièce de la maison familiale et reprend du service au sein des Valentines. Le nouveau chanteur, Bobby Taylor, part à son tour à l’armée. Les affaires deviennent peu à peu plus sérieuses sous le nom de Johnny and the Valentines, avec de nombreux concerts, jams et accompagnements d’autres artistes, jusqu’à la sortie de son premier single sur Mercury Records en 1958.
Ce sont deux instrumentaux, Shock Hop / Sneaky, mais qui ne sont pas de sa composition.
Son deuxième single paraît en 1960 sous le nom Johnny Cale Quintette, avec ses premières compositions : un instrumental en face A, The Purple Onion, qui connaît un certain succès local, et en face B Troubles, Troubles, très inspiré du Trouble d’Elvis Presley. Son troisième single paraît en 1961, toujours sous le nom Johnny Cale Quintette, et propose une reprise du bluesman Jimmy Reed : Ain’t That Lovin’ You Baby.
Début 1964, Leon Russell le convainc de revenir à Los Angeles pour s’occuper d’un studio d’enregistrement quatre pistes qu’il vient de construire dans sa maison, grâce à son travail de pianiste au sein du fameux Wrecking Crew, les musiciens de studio qui accompagnent les Byrds, Everly Brothers, Ronettes, Monkees, Buffalo Springfield et bien d’autres.
Sa femme le rejoint bientôt, tandis qu’il peaufine ses connaissances des techniques d’enregistrement chez Russell, tout en jouant partout où il le peut. Ces pérégrinations musicales l’amènent au Whisky a Go-Go, nouveau club sur Sunset Boulevard, tenu par un ancien policier, Elmer Valentine.
Le Johnny Cale Trio est embauché pour jouer les jours de repos de la vedette attitrée, Johnny Rivers.
Et Johnny devient JJ …
C’est donc au Whisky a Go-Go, sur Sunset Boulevard, que Johnny Cale, alors leader du Johnny Cale Trio, devient J.J. Cale, à la demande du propriétaire Elmer Valentine, afin d’éviter toute confusion avec Johnny Rivers, l’artiste vedette du club.
Fin 1965, il enregistre le premier single de Leon Russell, qu’il a également coécrit : Everybody’s Talking ’Bout the Young, dans un style très dylanesque.
Lassé des concerts en club, J.J. Cale passe désormais plus de temps en studio. En novembre 1965 paraît Dick Tracy, un titre découvert par ses producteurs Snuff Garrett et Leon Russell, qui évoque le détective de bande dessinée. C’est son premier disque officiel signé J.J.
À part une petite incursion dans les classements canadiens, le disque passe inaperçu, tout comme le suivant, sorti au printemps 1966 et comportant enfin deux de ses compositions, Outside Lookin’ In et In Our Time, dont l’ambiance rappelle un peu les Byrds.
En mai 1966, il divorce de sa femme Ruth. Son producteur Snuff Garrett lui commande des chansons pour divers artistes, mais aucune ne rencontre le succès. En revanche, il insiste pour qu’il enregistre une ébauche de composition que Cale traîne depuis un moment, avec des paroles inachevées : ce sera la première version de After Midnight.
En attendant le futur succès de ce morceau, le producteur, jamais à court d’idées, veut surfer sur les nouvelles tendances musicales et propose à Cale d’enregistrer un album de reprises et de compositions à la sauce psychédélique. A Trip Down the Sunset Strip sort en 1967 sous le nom de groupe The Leathercoated Minds, avec des instrumentaux signés Cale et des reprises de titres des Byrds, Donovan, Yardbirds ou encore Bob Dylan.
Le succès se fait toujours attendre
Sur les conseils de Snuff Garrett, il se rend à nouveau à Nashville, en compagnie de Patsy Camp, sa nouvelle compagne, et de deux de ses musiciens, pour rencontrer un certain Hubert Long, qui va lui présenter Audie Ashworth, un ancien musicien devenu éditeur. Cette première rencontre n’est pas très fructueuse, mais ce n’est que partie remise.
Après quelques mois de collaboration comme musicien, compositeur ou ingénieur du son, il retourne à Los Angeles, car Snuff Garrett vient d’acheter un studio d’enregistrement et charge J.J. Cale de le rendre opérationnel.
En 1968, il reprend les concerts et fait la connaissance de Delaney & Bonnie, un duo en pleine ascension, avec qui il joue occasionnellement pendant quelques mois, avant de rentrer à Tulsa pour les fêtes de fin d’année.
Eric Clapton découvre J.J. Cale
En 1969, Delaney & Bonnie assurent la première partie de la tournée américaine de Blind Faith, supergroupe anglais dont le guitariste, Eric Clapton, se lie d’amitié avec eux. Il apprécie tant leur musique soul et rhythm & blues qu’il participe discrètement à la suite de leur tournée.
Au fil de leurs discussions, Delaney Bramlett le convainc de se mettre sérieusement au chant et de reprendre une chanson de J.J. Cale, dont il vient de recevoir le single After Midnight.
Produit par Delaney Bramlett et enregistré entre Londres et Los Angeles avec l’aide des musiciens du groupe, ce premier album solo, simplement intitulé Eric Clapton, paraît à l’été 1970.
Cette reprise va bientôt changer le destin de John Weldon Cale : le titre grimpe dans les classements américains, et l’éditeur Audie Ashworth veut profiter de ce succès inattendu et de la notoriété grandissante de J.J. Cale pour lui faire enregistrer un album entier et lancer enfin sa carrière…
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PORTRAIT-11-JJ CALE, part 2 – Mike Lécuyer
Deuxième partie : les débuts… de la consécration (1970 – 1975)
Premier album « Naturally » (1972)
Nous sommes donc en 1970. J.J. Cale vivote à Tulsa, jouant dans les clubs de la ville, tandis qu’Eric Clapton vient de reprendre son titre After Midnight. C’est le coup de pouce du destin qui va peut-être le sortir de l’anonymat… C’est d’ailleurs ce que pense l’éditeur Audie Ashworth, qui l’invite à nouveau à Nashville pour lui faire enregistrer son premier album.
A l’automne 1970, Cale enregistre seul quelques titres dans un petit studio avec ses guitares et, pour la batterie, la boîte à rythmes d’un orgue. Il va ensuite continuer dans un autre studio avec des musiciens embauchés par Audie Ashworth. La dernière touche est apportée par une section de cuivres qui est ajoutée sur quatre titres. L’ensemble des sessions coutera moins de 4000 dollars. Finalement c’est un nouveau label qui va signer l’artiste : Shelter Records, créé par Denny Cordell et Leon Russell, que J.J. Cale connaît depuis Tulsa et Los Angeles. Mais Denny Cordell a une requête inattendue : enregistrer une nouvelle version de After Midnight! Tout d’abord réticent J.J. Cale accepte l’idée et c’est une version plus lente qu’il va enregistrer en 1971. Le disque sort en hiver 1971-1972.
Des ambiances feutrées, des tempos médiums, des enchevêtrements de guitare et une voix susurrée ou murmurée, voila le son, le style J.J. Cale que l’on appellera laid-back, c’est à dire « nonchalant », « décontracté »…
Avec les premiers droits d’auteur de After Midnight, il achète une maison et du matériel pour améliorer le petit studio d’enregistrement qu’il avait construit avec son père dans la maison familiale.
J.J. Cale peut désormais se considérer comme un véritable auteur-compositeur car plusieurs artistes reprennent ce morceau au début des années 70. On en compte aujourd’hui plus de 80 dont deux adaptations françaises : l’une par Joël Daydé en 1976 et l’autre par Eddy Mitchell en 1978, toutes deux intitulées Après Minuit mais avec des paroles différentes…
Le premier single Crazy Mama rencontre un certain succès dans les charts américains avant de redescendre précipitamment après que cale a refusé de chanter en play-back dans une célèbre émission télévisée. Ça c’est vraiment Cale !
« Really » (1972)
Dans la foulée un nouvel album Really est enregistré et publié en 1972 toujours sur le label Shelter bien, que J.J. Cale ait refusé un contrat d’un million de dollars proposé par Columbia ! Ca c’est toujours du Cale !
Le disque comporte douze titres dont deux reprises. Les sessions d’enregistrements se passent à Nashville et à Muscle Shoals. Le single Lies / Ridin’ Home sort en octobre et l’album en novembre 1972.
La même année Leon Russell revient s’installer à Tulsa avec Shelter Records et transforme une ancienne église en un studio d’enregistrement et un local de répétition pour J.J. Cale.
Premier article dans la presse musicale française
En novembre 1973 Philippe Garnier écrit dans Rock & Folk n°82 le premier grand article sur l’artiste. En voici un extrait :
Mais J.J. Cale est aussi un guitariste extraordinaire, son jeu appelle des qualificatifs qui n’existent pas dans le lexique de l’Académie : «gritty » « husky». « funky». « sharp» sec et surtout contrôlé. Très contrôlé. Car JJ. Cale avec tout son côté «down-home» et « laid-back», fatigué et indolent, n’est jamais détendu. Mais J.J., même après minuit, ne déborde pas, ne se laisse jamais aller. Cette retenue, ce contrôle, cette façon qu’il a de brider et réprimer les choses est une des caractéristiques principales de ses deux albums. C’est une musique qui réjouit, une musique croustillante, intense et riche mais qui peut faire mal au ventre tant elle est tendue. Même quand il utilise une section de cuivres, rien ne vient entraver le flot naturel. Tout cela semble couler de source. De même lorsqu’il change de crèmerie et s’en va enregistrer à Muscle Shoals, il obtient les mêmes effets. Parler d’une chanson plutôt que d’une autre n’a pas beaucoup de sens : on les aime toutes ou pas du tout. Les paroles sont souvent d’une simplicité extrême, murmurées, au bord de l’inintelligible. Elles parlent surtout d’absences, de femmes en fuite, ou de bons temps. Ces chansons sont rarement auto-biographiques au sens anecdotique du terme. Elles reflètent plus un monde, une expérience, q’une histoire. Il est décidément bien difficile de faire une distinction entre les deux albums. Disons que « Really » est musicalement plus musclé, plus nerveux. mais le premier disque « Naturally » comporte quelques unes de ses meilleures chansons…
J.J. ne ressemble à personne, ne chante comme personne . et même sa guitare na pas d’équivalent. il ne joue pas d’une Gibson ou d’une Martin mais d’une vieille Harmony délabrée qu’il a amplifiée lui-même. Vous devriez écouter ses disques : vous pourrez y entendre quelques uns des meilleurs musiciens du métier et la voix d’un artiste unique, irrésistible et réellement original.
« Okie » (1974)
L’album Okie (1974) grimpera jusqu’à une modeste 128e place dans les charts et Cajun Moon ne sortira en single qu’en Europe mais comptera quand même plus de 30 reprises au fil des années…
En cette première partie des années 70, et après Eric Clapton, de nombreux artistes vont puiser dans les trois premiers albums de JJ Cale : « Crazy Mama » par Johnny Rivers (1972), Magnolia par Poco (1973), »Bring it back » par Kansas (1974), « I got the same old blues » par Captain Beefheart ainsi que le grand bluesman Freddie King en 1974, mais c’est le groupe américain Lynyrd Skynyrd qui va confirmer son statut de compositeur à succès en enregistrant la reprise du premier morceau du premier album de JJ Cale : Call Me The Breeze.
Le 33-tours de Lynyrd Skynyrd Second Helping qui contient le célèbre et polémique Sweet Home Alabama va se vendre à des millions d’exemplaires et le titre de JJ Cale deviendra un des moments forts de leurs concerts.
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PORTRAIT-12-JJ CALE, part 3 – Mike Lécuyer
Troisième partie : la consécration… et le coup de blues
Grâce aux droits d’auteur de ses trois premiers albums et surtout aux reprises d’After Midnight par Eric Clapton (voir première partie) et de Call me the breeze par Lynyrd Skynyrd (voir deuxième partie) J.J. Cale achète une maison près de Nashville, un bateau pour la pêche, une moto, quelques guitares et… un camping-car ! Mais cela ne l’empêche pas de partir en tournée pour la première fois en Europe et en France où il se produit le 26 avril 1976 au Pavillon de Paris aussi surnommé « Les abattoirs ». Salle peu adaptée à son style intimiste pour faire connaissance avec le public français mais ce sont les aléas des tournées dont J.J. Cale n’a jamais été très friand.
Il enregistre également son quatrième album Troubadour qui paraît en septembre 1976.
« Troubadour » (1976)
Et comme pour chaque album le premier titre, Hey Baby, est une petite merveille. On se croirait en fin d’après-midi assis sur le ponton en train de ranger les cannes à pêche et compter les poissons, une bière bien fraîche à la main. Ca swingue tranquille, le climat s’installe dans une douce torpeur avec des cuivres discrets et hypnotiques et un superbe solo de pedal-steel.
Le son est beaucoup plus clair, aéré. On distingue mieux les instruments et même sa voix est un peu plus en avant mais pas trop quand même, c’est une caractéristique chez JJ Cale, on ne se met pas « en avant », on ne tire pas la couverture à soi. Un peu de musique mexicaine, un peu de jazz, un peu de blues évidemment.
Et puis en fin de la face 1, sans prévenir, juste avant de retourner le 33-tours, arrive Cocaïne, qui va devenir son plus grand succès grâce, une nouvelle fois, à Eric Clapton. Le riff de guitare, reconnaissable dès la première mesure, devient un des plus célèbres gimmicks du rock à l’instar de ceux de Keith Richards ou Pete Townshend. Est-il besoin de préciser que ce n’est pas une invitation à se droguer. JJ Cale a toujours expliqué qu’il n’avait jamais pris de cocaïne.
La reprise de Cocaïne, légèrement accéléré, légèrement plus hard, par Eric Clapton sur son album Slow Hand est pour beaucoup dans le succès de la deuxième tournée européenne de J.J. Cale qui passe en mai 1977 par un Olympia bondé mais où l’on met toujours 2 ou 3 morceaux avant de reconnaître le bonhomme !
« Five » (1979)
De retour à Nashville c’est au cours d’un concert de B. B. King que J.J. Cale va rencontrer pour la première fois Christine Lakeland, une guitariste rythmique qui participe à des sessions et des remplacements, principalement dans des groupes country. Cale va l’inviter occasionnellement sur quelques concerts jusqu’à devenir un membre permanent de son groupe et enfin sa femme.
Dès le premier morceau, le très beau Thirteen days, on entend la voix de Christine Lakeland et sur Don’t cry sister on les entend tous les deux chanter en harmonie. C’est une première.
Après la sortie du disque, J.J Cale s’octroie une pause en sillonnant la Californie avec son camping-car mais toujours avec ses guitares. En 1980 il décide de quitter définitivement Nashville pour s’installer à Los Angeles où il loue une maison pour la semaine et retrouve son camping-car le week-end.
« Shades » (1981)
Shades, son sixième album qui paraît en 1981 est le dernier pour le label Shelter Records de son ami Leon Russell. Il est le résultat de séances entre Nashville et Los Angeles avec une nouvelle fois une très belle réussite à deux voix harmonisées, Carry on, qui ouvre le disque.
« Grasshopper »(1982)
Toujours issu de sessions entre Nashville et Los Angeles Grasshopper, bien qu’il ne contienne pas d’énorme tube, est pour moi l’album idéal pour faire découvrir J.J. Cale à toute personne qui n’en n’aurait jamais entendu parler.
On y entend toute la palette des sonorités, styles et compositions de l’artiste. A commencer par le magnifique City Girls à l’ambiance douce-amère.
La voix, les instruments, le mixage de ce disque, c’est une réussite totale : le folk acoustique de Drifters wife, le shuffle de One step ahead of the blues, la ballade de poignante de You keep me hangin’ on, le rock de Devil in disguise et le surprenant reggae-pop Does Your Mama Like To Reggae (avec Christine Lakeland).
« #8 »(1983)
Pour la sortie du huitième album intitulé simplement Eight, une grande nouveauté : c’est la première fois que J.J. Cale apparaît sur le recto d’une pochette. Mais les rapports entre l’artiste et Mercury deviennent tendues car on lui reproche de ne pas avoir enregistré un bon gros tube pour sa nouvelle maison de disques. Pourtant un titre comme Money talks deviendra, au fil des années, un véritable standard…
Le contrat de Mercury stipulait 4 albums mais J.J. Cale décide de racheter son contrat et de faire un break pendant quatre ans. Avec Christine Lakeland ils vont faire du vélo, aller régulièrement à Disneyland, voir des concerts, des amis. Une petite tournée au Canada en camping-car puis une autre sur la côte ouest des Etats-Unis et enregistrer quand même de nouvelles compositions au hasard des rencontres ou des inspirations…
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PORTRAIT-13-JJ CALE, part 4 – Mike Lécuyer
Quatrième partie : le dernier acte
Quatre ans sont passées depuis la parution de son dernier album en 1983. J.J. Cale compose toujours mais sans véritable projet de nouveau disque. Quelques concerts au Canada, une tournée aux Etats-Unis avec un batteur, un bassiste et Christine Lakeland au piano.
« Travel-Log » (1990)
Pendant ce temps Mike Kappus, son manager, lui trouve un contrat d’enregistrement chez Silverstone Records pour deux albums. le premier Travel-Log paraît en 1990 sous le signe de voyages plus ou moins exotiques. Ambiance louisianaise avec New-Orleans, mexicaine avec Tijuana ou asiatique avec Shangaid (qui sera d’ailleurs son premier clip)…
Le reste des compositions étant bien dans le son habituel de l’artiste comme le bouillonnant Hold on Baby oule sautillant Lady Luck.
Il s’installe dans une zone résidentielle où habite déja sa soeur, près de Escondido dans la région de San Diego.
Nouvelle tournée américaine pendant laquelle il rencontre Paul Simon qui va l’inviter a participer à l’enregistrement de son nouvel album The rhythm of the saints.
« Number 10″ (1992)
Le second album pour Silverstone Records, Number 10, paraît en 1992. Sa principale caractéristique est le mixage de la boîte à rythme au premier plan : Lonesome Train, Digital Blues ou bien encore Artificial paradise…
« Closer To You » (1994)
Le français Emmanuel de Buretel, en 1992, contacte le manager Mike Kappus pour lui proposer de signer J.J. Cale sur le label qu’il vient de créer : Delabel. Après quelques tractations et voyages les deux hommes réussissent à convaincre le musicien de retourner en studio.
Delabel met les bouchées doubles pour la promotion de Closer To You qui paraît en 1994 : le CD évidemment mais aussi pour les médias un livret et un CD contenant une interview en anglais et traduite en français. Le disque débute, une fois n’est pas coutume, par une chanson rapide Long Way Home qui a même droit à un clip.
Philippe Garnier de Rock & Folk le rencontre à nouveau pour une très belle interview où l’artiste explique avoir beaucoup travaillé sur ce disque et être vraiment étonné que l’on s’intéresse encore à lui ! Une autre interview très intéressante car plus technique pour les lecteurs de Guitare & Claviers est réalisée par Marc Zisman.
Le disque reçoit un très bon accueil en Europe et une tournée est enfin programmée pour l’automne 1994. J.J. Cale vient pour la troisième et dernière fois en France : le 2 octobre, il répond à quelques questions au Journal télévisé de France 2, le 3 octobre il participe à l’enregistrement de Taratata, l’émission télévisée de Nagui, pour deux titres et une interview et enfin il joue au Grand Rex le mardi 4 octobre 1994. Sur internet on peut trouver des extrait vidéo ou audio de cette tournée européenne…
Un album en public, témoignages de cette tournée européenne et américaine paraîtra en 2001.
« Guitar Man » (1996)
Son douzième album studio, Guitar Man, sort en 1996, toujours chez Delabel mais pas de tournée européenne et donc moins de promo et d’impact sur les médias. Mais le disque comporte quelques belles compositions comme Days go by sur le temps qui passe, avec voix grave parlée sur musique jazzy, et Guitar Man qui donne son nom à l’album.
Et à nouveau une pause de plusieurs années jusqu’à un projet de retour aux sources avec le producteur Audie Ashworth à Nashville mais celui-ci décède et le projet est abandonné.
« To Tulsa and Back » (2004)
Le projet du retour aux sources, abandonné quelques années plus tôt, renaît en 2004 sous le titre To Tulsa And Back. Enregistré en réalité à une cinquantaine de kilomètres de Tulsa, le disque réunit presque tous ses anciens amis musiciens de la région. Six morceaux figurent sur le disque, le reste des titres étant enregistré par J.J. Cale seul. Mes titres préférés sont New Lover, Fancy Dancer et Blues for Mama, composée quelques années auparavant en hommage à sa mère…
Un documentaire du même nom que l’album paraîtra en DVD l’année suivante…
Eric Clapton l’invite à participer à son Crossroads Guitar Festival dont les recettes servent à financer un centre de désintoxication. Au cours de ce festival un projet discographique commence à germer dans l’esprit du guitariste anglais…
« The Road To Escondido » (2006)
Eric Clapton aimerait bien que J.J. Cale produise son prochain disque. En effet J.J. a déjà produit quelques artistes comme John Hammond par exemple et il aime aussi être derrière la console de mixage. Les managers en parlent mais Cale n’est pas enchanté par l’idée mais au fil des discussions l’affaire est entendue.
Mais au fur et à mesure des recherches des morceaux, des musiciens et de la semaine que Clapton passe à Valley Center chez Christine et John, le projet évolue tant et si bien que cela devient un album commun sous le nom J.J. Cale & Eric Clapton The Road To Escondido. Ce dernier ayant insisté auprès de la maison de disques pour que son nom soit écrit après celui de Cale, prouvant son admiration pour le musicien américain. Le disque paraît en 2006 et remportera le Grammy Award du meilleur disque de blues contemporain. Deux reprises d’anciens titres de Cale figurent sur l’album : Dont Cry Sister et Anyway the wind blows.
Malgré ses réticences sort en 2007 l’album Rewind comportant des reprises et des inédits enregistrés pour sa première maison de disques.
« Roll On » (2009)
Il est donc temps de préparer un nouveau vrai disque Roll On pour Because Music le nouveau label d’Emmanuel Buretel qui paraît en 2009. Le matériel provient de diverses sessions des précédents disques ou de J.J. Cale seul comme il aime le faire à son rythme. Eric Clapton est présent sur le titre Roll On, une composition qu’ils avaient enregistrée en 1984.
A la surprise générale J.J. Cale demande à son manager de lui organiser une tournée. Une quinzaine de dates sont programmées aux Etats-Unis et deux au Canada. A 70 ans, ce sera sa dernière tournée.
Toujours en 2009, Eric Clapton le recontacte pour son nouvel album Clapton qui paraîtra en 2010. Il joue sur trois morceaux dont deux de sa composition mais doit rentré chez lui à cause de problèmes cardiaques.
J.J. Cale décède le 26 juillet 2013 à l’hôpital de La Jolla près de San Diego.
Dans l’avion qui l’emmène aux funérailles, Eric Clapton réécoute ses morceaux préférés de J.J. Cale et décide d’enregistrer un album entier en son hommage avec l’aide de musiciens proches de J.J. et Christine Lakeland.
Eric Clapton & Friends The Breeze, An appreciation of J.J. Cale paraît un an plus tard en juillet 2014.
« Stay Around » (2019)
Le dernier album studio posthume Stay Around comprend quinze inédits qui s’échelonnent des années 1980 à 2000 dont une composition de Christine Lakeland My Baby Blues, écrite en 1977, l’année de leur rencontre. Le disque a été compilé par sa femme et son manager Mike Kappus en 2019 pour le label français Because Music.
Moins connu aux Etats-Unis qu’au Canada, Australie et Europe, J.J. Cale est intronisé à titre posthume à l’Oklahoma Hall Of Fame mais toujours pas au Rock and Roll Hall of Fame…

Eric Clapton et J.J. Cale
Ces émissions se sont largement inspirées du très bon livre de Bertrand Bouard « JJ Cale », paru en 2022 aux éditions Le Mot et le Reste.
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